Homère d'alors
Par Admin le vendredi 14 juillet 2006, 09:22 - Démocratie et citoyenneté - Lien permanent
Sur son blog en date du 13/07/06, Alain Lipietz livre une réflexion intéressante sur l'affaire du coup de boule de Zidane, où il est question de tragédie et de politique.
«En un éclair, Zizou s’est vu confronté à deux éthiques : celle du football porté au niveau d’une cérémonie mondiale, où il faut être « sportivement correct », et le lois de sa cité natale, où on ne peut pas se laisser « traiter » (et encore moins laisser traiter sa mère) sans réagir. (...) en expliquant à la fois que sa faute était impardonnable, qu’il s’en excusait auprès des enfants, mais qu’il enseignait à ses enfants de ne jamais se laisser marcher sur les pieds, il n’a fait que reposer le dilemme tragique sans le résoudre. (...) Et tous les blogueurs, journalistes, conversations de café du commerce, jouent le rôle du chœur antique : Oh ! Malheureux Zidane, toi le plus misérable des hommes, Ce coup de boule, tu le regretteras toute ta vie ! (...) Et bienheureux le carton rouge qui te fut infligé, Zizou aux Pieds Agiles, Pour rappeler aux mortels que les Lois de la Cité l’emportent sur les passions humaines. (...) Mais la justice des hommes , qui frappe si lourd du talon de la Némésis pour punir l’insensé, Télévisé, illégitime, impardonnable, tu l’as dit toi-même , pauvre Zinedine, nouvel Oreste, Que n’a-t-elle l’ouïe assez fine, justice si peu divine, pour frapper aussi l’injure faite à la Mère ? Car si tout homme doit fidélité à la Cité, une loi plus ancienne ne dicte-t-elle pas A l’homme d’honorer son père et sa mère ? Et bla, et bla, et bla...
N’empêche... Qu’on en soit là, à ce coup de tête, c’est une photo terrible de notre civilisation, où l’on trouve défendable de rejoindre une conception de l’honneur empruntée de la chevalerie déjà finissante chez Corneille (Un soufflet ! l’impudent en eût perdu la vie !), déjà ridicule dans Hernani. Que cette conception à quatre sous de l’honneur soit le seule forme de dignité concevable pour toute une jeunesse marginalisée en dit long sur notre monde et pas seulement sur le football.»
Et c'est le rôle de la politique de dépasser la tragédie, conclut Alain Lipietz dans cet article que je vous invite à lire, complet, son blog.