Une taxe carbone ?
Par Philippe le samedi 18 novembre 2006, 09:58 - Environnement et énergies - Lien permanent
Sur le site Telos, Urs Luterbacher, professeur de sciences politiques à Genève, critique la proposition de Nicolas Hulot d'instaurer une taxe sur le carbone.
L'auteur s'interroge d'abord sur la nature précise et sur le périmètre d'une telle taxe. S'agit-il d'une taxe sur le contenu en carbone ou faut-il plutôt viser le potentiel de réchauffement (en incluant le méthane et l'oxyde d'azote, notamment). Le public visé n'est pas le même, suivant la réponse apportée.
Puis Urs Luterbacher exprime ses doutes sur l'efficacité de l'incitation à ne pas consommer (que représenterait une telle taxe), préférant un dispositif qui pousse plutôt à améliorer l'efficacité énergétique.
L'approche est iconoclaste, mais les objections formulées méritent probablement d'être étudiées avec attention.
Commentaires
ça, c'est un vrai problème. J'ai participé (et assisté) à la conférence Climat de Nairobi pour le compte du Conseil Régional de Bretagne et un réseau de régions du monde pour le développement soutenable, en trainant les pieds notamment parce que le coût en carbone Londres-Nairobi = 2,5 kg de CO2. En conscience, compte-tenu de ce que j'ai vu, surl'utilisation des fonds (de compensation) carbone par le Centre Agroforestier du Kenya me pousse aujourd'hui à étudier la possibilité d'un fonds carbone interne concernant les déplacements avion de l'assemblée régionale. Pas sûr que cela soit facile et en plus, je me ferai engueuler par les copains qui diront qu'ils ne faut pas prendre l'avion -point ! J'ai commencé à développer cette question sur mon blog puis dans un article dans Bretagne Verte
C'est un faux problème: pour les combustibles fossiles, il faut naturellement une taxe proportionnelle à la masse d'équivalent carbone envoyée dans l'atmosphère par tonne de charbon, pétrole, ou gaz.
Il faut faire de même pour les produits de base du ciment (taxer les intrants).
Pour le méthane lié à l'élevage: ça va être plus compliqué, mais il devrait être possible de calculer une quantité de méthane produite par tonne de carcasse de bovin ou d'ovin en fonction de l'âge de la bête... Rappelons que l'effet du méthane est 25 fois plus intense que celui du CO2...
Plus compliqué: comment taxer les gaz des systèmes de refroidissement (si on les taxe en regard de leur effet à due proportion de l'équivalent carbone, plus personne ne pourra acheter de frigo)
La vraie difficulté concerne le franchissement des frontières par les produits: on peut concevoir une détaxation des produits qui sortent pour ne pas pénaliser notre compétitivité; il devient plus difficile de taxer ceux qui entrent (non pas tant au regard des lois de l'OMC ou de la Commission, sur lesquelles on s'asseoit, désolé) qu'au niveau des manoeuvres opportunistes dans la comptabilité carbone des flux transfrontaliers (si l'export est détaxé, la compta carbone des firmes imputerait la conso intensive de combustibles fossiles aux produits exportés, afin d'être plus compétitives sur le marché national).
A noter que le principe de la taxe carbone est très comparable à la TVA sociale: il diminue le pouvoir d'achat de nos compatriotes afin d'introduire les coûts dans les produits de manière neutre -- d'un côté pour financer l'adaptation à l'effet de serre et forcer à la vertu énergétique, de l'autre pour financer la protection sociale sur une base qui ne soit pas en constante contraction).
ET la consommation? ET le pouvoir d'achat? (voire, ignoble expression, la "vie chère"?). Eh bien, il faut commencer à le faire comprendre dans ce pays: nous consommons bien assez et vivons au dessus de nos moyens, même les plus pauvres d'entre nous. S'il sera souhaitable de progresser vers un système socio-économique où ceux qui peuvent consommer et accumuler énormément consomment et accumulent beaucoup moins.
Un site incontournable: manicore.com. Les seules synthèses sur les ressources énergétiques (dont les gisements économies d'énergie!) et le changement climatique à donner des ordres de grandeur pertinents...
(rem: Londres-Nairobi, c'est bien plus sûrement 2,5 tonnes de CO2 que 2,5 kg...)
je trouve assez ignoble (je ne fais pas dans la dentelle..je sais o))) de dire que même les plus pauvres d'entre nous "consomment et vivent au dessus de leurs moyens"!!! mais, évidemment si on veut dire qu'ils ont des logements mal isolés, consomment trop d'électricité à cause de leurs appareils peu économes en énergie, de l'essence pour leur voiture parce que le train est trop cher pour eux ... c'est différent !attention aux formulations!